A propos

Issu de la scène électronique underground, Julien CUENIN s’intéresse à une certaine idée du repli sur soi en peignant en boucle et d’après les photos de son téléphone les quatre mêmes personnages.

La répétition constante de cette idée envahissante conduit le peintre à créer une galerie de portraits trompeusement réconfortante et à produire un milieu fermé sans contact avec l’extérieur. Peurs, angoisses, tensions, nervosité, voilà ce que cache ou révèle l’étalage de ce grand catalogue familial.

Sourires forcés sur des visages coupés du reste du corps et occupant quasiment tout l’espace, cadrages serrés et regards inquiets ou faussement joyeux, personnages irréels émanant d’un (mauvais) rêve, nous voilà donc plongés dans un monde aux frontières du bon goût traditionnel et rempli de troubles obsessionnels.

Soudainement confronté aux détails intimes de ces grosses têtes surgissant de nulle part – aucun détail environnant ne permettant de situer précisément la scène – le spectateur se retrouve subitement face à de larges bouches, de grandes dents, d’énormes yeux écarquillés, des regards plongés dans le passé ou perdus dans un futur incertain, les personnages se fixant peut-être eux mêmes dans un miroir infini ou sondant profondément nos pensées les plus secrètes.

Les couleurs sont vibrantes, fluorescentes, psychédéliques, crues comme la lumière d’un néon de salle de bain ou filantes comme les lasers d’une discothèque. Appliquées généreusement, elles laissent souvent apparaître traces et accidents: disparition de l’immobile et du silence, présences et phénomènes d’une réalité augmentée. Chaque imperfection de la peau, monstrueusement agrandie, livre indices et pistes qui révèlent alors de possibles symptômes physiques et psychologiques (on pense parfois à la scène du film Shining, lorsque Jack passe son visage à travers la porte de la salle de bains défoncée à la hache ou encore au visage de l’affiche Carrie au bal du diable).

Même les scènes de genre du peintre, faussement naïves, sont présentement tirées de situations inconfortables: couvre-feu, streaming pendant une pandémie, visions régressives d’enfance, rien ne nous aide à retrouver totalement notre quiétude intérieure.

Ainsi, les peintures de Julien Cuenin transcendent leur statut de simples représentations pour devenir des objets de contemplation à double tranchant, nous plaçant derrière un miroir sans tain, entre réalisme et abstraction, entre gêne et plaisir. Ou comment jouer à se faire peur.